Sans domicile ?
- Denis

- 2 oct. 2021
- 6 min de lecture
C'est officiel : la maison que nous avions fait construire il y a 20 ans et qui a vu grandir nos enfants est vendue depuis ce vendredi 1er octobre 2021 à 16h30.
Nous n'avons plus de logement.

Dans le film Nomadland (Oscar du meilleur film 2021), le personnage principal, Fern, vit dans un véhicule aménagé. À la petite fille qui lui demande si elle est sans-abri, elle répond : "I’m not homeless. I’m just houseless", qu'on pourrait traduire par "Je ne suis pas sans-abri. Je suis juste sans maison".
Le parallèle avec notre nouveau mode de vie s'arrête là, puisque Fern vit ainsi, comme les autres personnages du film, pour survivre à la crise économique et non par choix.
Bien que nous n'ayons pas de logement fixe, nous ne relevons pas de la catégorie sans domicile fixe ou sans-abri, et nous ne sommes pas non plus des gens du voyage, telles que ces population sont généralement définies. Notre mode de vie ne relève pas davantage du nomadisme.
Le mot que l'on rencontre le plus souvent est l'anglicisme VanLife, qui fleurit notamment sur Instagram, et auquel je n'ai pas trouvé de traduction française qui me satisfasse. On pourrait peut-être parler de "voyageur-campeur".

Sous ce mot-dièse #VanLife, on trouve toute une population, le plus souvent des jeunes un peu néo-soixante-huitards, qui se revendiquent comme Digital Nomads et qui distillent sur la toile une image idyllique d'une vie de voyage à plein temps, souvent avec le dessein de devenir suffisamment "influenceurs" pour pouvoir vivre de leur communauté et prolonger ainsi le voyage, à grands renforts de produits dérivés, liens affiliés, partenariats, titres putaclic, sponsors, etc. Parce qu'il faut bien payer le carburant, la nourriture et les réparations du véhicule (sic).
Rien de tout cela, en ce qui nous concerne : circulez, nous n'avons rien à vendre.
On nous pose souvent la question "comment vous faites pour [insérer ici un mot au choix : banque, courrier, papiers, argent, etc...] ?"
Voici donc les dispositions que nous avons prises sur différents sujets, par rapport à ce mode de vie mobile :
Courrier
Nos échanges se font essentiellement sous forme dématérialisée. Néanmoins, pour le courrier postal, nous avons souscrit une domiciliation auprès d'un prestataire "Le courrier du voyageur". Il reçoit notre courrier, y compris les lettres recommandées, pour lesquelles nous lui avons donné procuration. Il les numérise et nous envoie une notification dès que nous avons reçu quelque chose. Nous pouvons consulter, télécharger et gérer tout cela par internet.
Les magazines ou colis peuvent nous être réexpédiés dans le monde entier.

Banque
Nos comptes bancaires sont depuis plusieurs années gérés par une néobanque sans agence physique. Tout se fait à distance et les frais sont quasi inexistants. (Ils sont même négatifs depuis que nous en sommes clients, grâce au parrainage).
Tout est simple, immédiat, facile, fluide. Ça change des banques historiques...
Santé
Nous avons fait un bilan de santé aussi complet que possible avant notre départ et nous sommes munis d'un carte européenne d'assurance maladie qui nous permet d'être remboursés à l'étranger, dans un État de l'Union européenne / Espace économique européen (UE/EEE) ou en Suisse.

La mutuelle est maintenue gratuitement pendant un an après cessation du travail. On peut y souscrire au-delà, en cotisant à titre individuel. C'est la portabilité des droits.
Assurance
L'assurance responsabilité civile est généralement incluse dans la police Multirisques Habitation. Lorsqu'on n'a plus aucun logement à assurer, il faut veiller à conserver une couverture pour ce genre de risque.
Nous avons aussi relevé la valeur assurée pour le contenu du camping-car, puisqu'il contient désormais toute notre vie.
Il faut aussi vérifier la couverture géographique de l'assurance du véhicule. En Europe, pas de problème particulier tant qu'on ne reste pas plus de 12 mois en-dehors du territoire national. Pour les autres continents ou les séjours longs, il existe des assureurs spécialisés.

Immobilier
Pour la vente des deux biens immobiliers qui nous restaient, dont notre maison, nous avons signé les compromis de vente avec les acheteurs avant notre départ et donné procuration au notaire pour la signature de l'acte authentique en notre absence, après la levée des conditions suspensives.
Documents
Ce fut un gros chantier : Les 5 mois de préparatifs au départ n'ont pas été de trop pour nous permettre de se mettre à jour avec le classement de nos papiers, qui s'étaient amoncellés dans des paniers, des corbeilles, des boîtes, sur mon bureau, etc. Depuis 2006, date à partir de laquelle je n'ai plus eu le temps de m'occuper de rien ou presque, tout était resté en plan. Nous avons retrouvé quantité d'enveloppes, même pas encore ouvertes, des bulletins de salaires non classés, des factures de frais professionnels désormais "perdues" pour nos déductions fiscales, etc.
Tout ce qu'il n'était pas impératif de conserver a été jeté. Tout le reste a été numérisé et conservé sur un stockage en ligne. Y compris le contenu des serveurs et progiciels de l'entreprise, dont j'ai encore besoin très régulièrement pour assister le liquidateur dans sa mission.
Avec un stockage en ligne à synchronisation sélective intelligente, on peut tout avoir sur son ordinateur portable ou son téléphone, en occupant très peu d'espace disque, à condition d'avoir une connexion internet fiable.
Internet
C'est le cordon ombilical qui doit nous relier au reste du monde. C'est par ce biais que nous pouvons tenir ce carnet de voyage, communiquer, gérer nos documents, synchroniser nos appareils, écouter les radios françaises, regarder des films (prévoir un VPN dans certains pays où des contenus sont bloqués), utiliser les outils de navigation modernes et collaboratifs, basés sur les informations de trafic et cartographie en temps réel, etc.
Le but est de pouvoir stationner à des endroits "loin de tout" sans pour autant être privés de connexion.
Pas d'antenne TV ou de parabole sur le toit de notre camping-car. Ça fait vingt ans que nous n'avons pas de télévision, ce n'est pas maintenant que nous allons commencer.
Pas de Starlink non plus : la version mobile n'est pas encore disponible et c'est incompatible avec le stationnement sous les arbres.
C'est le réseau 4G en version MIMO qui nous permettra un accès à longue portée aux réseaux mobiles terrestres. Un boîtier routeur pouvant accueillir deux cartes SIM d'opérateurs différents, suivant les pays et les continents, conçu pour pouvoir utiliser toutes les fréquences mondiales, nous fournit un réseau Wi-Fi privé "comme à la maison". Nous avons utilisé ce boîtier depuis le 12 août, dans notre ex maison, date à laquelle nous avons résilié notre abonnement internet terrestre. Nous avons observé un meilleur débit et une moindre latence qu'avec la fibre.
Pour une meilleure portée, j'ai opté pour une antenne externe omnidirectionnelle de grande taille, conçue pour les mâts de bateaux.

Comme je n'ai pas trouvé de solution de montage escamotable sur le toit d'un camping-car, j'ai conçu et fabriqué moi-même un support motorisé qui permet de déployer cette antenne à la verticale lorsque le véhicule est à l'arrêt.
Mais il y a là matière pour un article séparé...
Revenus
Je n'ai plus de revenus du travail depuis la mise en liquidation de mon ex entreprise. (Les dirigeants de société n'ont pas droit à l'assurance chômage). Dominique est en disponibilité de la fonction publique depuis le 1er septembre, donc pas de salaire non plus.
Nous avons procédé à la liquidation d'un certain nombre de placements, rendue possible par anticipation et sans pénalité fiscale dans ces circonstances.
Avec le produit de la vente de nos biens et immeubles, cela nous permettra de vivre très longtemps avec le niveau de dépenses réduit qui est lié à un mode de vie beaucoup moins consumériste et tendant vers un certain minimalisme.
Pas de dépenses de logement, d'assurance, de taxes, de poubelles, d'électricité, de voiture, d'appareils électroménagers, de gadgets, d'abonnements divers et variés, etc.
En même temps, cela réduit notre empreinte quotidienne sur la planète.
La retraite
On verra ça plus tard !
Nous avons pris conscience du fait qu'à travailler comme un dingue, on risque bien de ne jamais en profiter.
En tout état de cause, le plan est clair :
Pendant un an, nous ne faisons rien d'autre que voyager. Chemin faisant, nous verrons si d'autres envies ou nécessités vont émerger
L'idée, à l'instant présent, est de voyager à travers le monde aussi aussi longtemps que la vie nous prêtera la santé
En conclusion, malgré la rigueur avec laquelle nous avons préparé notre depart, on ne peut jamais tout prévoir.
Et c'est heureux.
Il y a un moment où il faut arrêter de faire des tableaux Excel et suivre son instinct. Et c'est un esprit cartésien qui le dit, pour l'avoir appris à ses dépens.
Nos plus beaux souvenirs de voyage sont souvent liés à des choses non planifiées ou improvisées.



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La conclusion (à partir de "la retraite") est émouvante :'-)
Merci pour le récapitulatif "Van Life Style" :D
Bien vu, la préparation.
Il est certain que ça ne peux pas plaire à tout le monde !
En tout cas, je trouve cette vie « en dehors » très intéressante
Je n'ai pas tout lu... c'est long mais en même temps j'ai suivi de près les préparatifs 😃
Je vous souhaite une belle aventure, heureux de voir votre instinct se révéler. Portez vous bien :-)