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Bilbao nous fait de l'effet

Pourquoi une étape à Bilbao, alors que nous avons évité toute la partie nord-ouest de la péninsule ibérique, leur "Bretagne" ?

Une seule raison : à force de lire des articles sur le Louvre-Lens et le fameux effet Bilbao, je voulais voir de mes propres yeux ce fameux effet.

Depuis l'ouverture du musée Guggenheim en 1997, de nombreuses autorités locales ou municipalités de tous les pays (50 environ en 2013) affluent à Bilbao afin de profiter de l'expertise de la ville en matière de revitalisation d'un territoire en déclin.


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Premièrement en quoi consiste l'effet Bilbao ?

Dans les années 1980, Bilbao, comme toutes les villes ou vieilles régions industrielles dans les pays développés, est sinistrée : les chantiers navals, la chimie et la sidérurgie sont délocalisés dans les pays en développement; le taux de chômage avoisine 24% de la population active et aucun touriste ne songe à visiter cette ville, ni même la Biscaye (région basque) touchée par les attentats de l'ETA, qui réclame l'indépendance de cette dernière. En 1992, les autorités locales de la Biscaye partent à la rencontre de Thomas Krenz, directeur de la fondation Guggenheim, à Salzbourg. Ce dernier est à la recherche d'un lieu en Europe où implanter un nouveau musée Guggenheim. Ils proposent un million d'euros à la fondation en échange de son nom, de ses collections et de son savoir-faire en matière d'expositions. Là aussi, c'est une première : la culture se vend et s'exporte.


En quoi consiste la recette de Bilbao pour transformer une ville, voire une région, de zone sinistrée en région attractive et dynamique ?

D'abord, il faut des autorités locales motivées et ayant une vision sur le long terme, ce qui est rarement le cas avec les échéances électorales. Le gouvernement de Biscaye dispose d'une très large autonomie - probablement l'une des plus larges d'Espagne avec la Catalogne - et lève lui même ses impôts, ce qui veut dire qu'il peut dépenser ses ressources comme il veut. Il a fait le pari d'investir dans un musée : soit 20 millions d'euros pour la fondation Guggenheim, 85 millions pour le bâtiment et 375 millions dans des infrastructures hôtelières et urbaines. Un concours d'architecte a aussi été organisé. En effet, il ne s'agit pas seulement d'exposer des œuvres dans un bâtiment, ce bâtiment doit lui même être une œuvre d'art, conçue par un starchitecte. Le choix des autorités locales s'est rapidement porté sur Frank Gehry, un architecte Américano-Canadien.


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20 ans plus tard, le bilan est largement positif : 1,3 million de visiteurs la première année, dont 2/3 d'étrangers, et un million chaque année en moyenne depuis; en 2012, le musée a entraîné 350 millions d'activités économiques, 485 millions en 2016; 9 000 emplois indirects ont été créés; le taux de chômage moyen en Espagne qui est de 26%, n'est que de 17% en Biscaye. Ce qui est particulièrement frappant en regardant les vidéos et les interviews des responsables locaux, est l'espoir, la fierté, l'optimisme que ce musée a permis de générer. Celui-ci a dynamisé l'ensemble de la métropole. En effet, d'autres starchitectes ont contribué à la transformation de la ville : deux lignes de métro ont été dessinées par Norman Foster; la passerelle par Santiago Calatrava; l'ancienne halle aux vins transformée en pépinière d'entreprises et en centre culturel par Philippe Starck; les quais aménagés en promenade piétonne...


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Bilbao s'est transformée en métropole attractive et dynamique et est souvent citée comme destination culturelle phare en Europe. Mon ami Pierre, grand amateur de destinations cosys et de culture, ne s'y est pas trompé et nous a précédés d'une semaine à Bilbao, à mon grand regret.


Personnellement, j'ai adoré la ville de Bilbao : flâner le long des quais à la nuit tombante; admirer le musée depuis l'autre rive du Nervion; ne jamais se lasser des reflets changeants sur le titane : dorés quand le soleil domine, gris argenté sous les nuages ou encore rouge et blanc avec l'éclairage du pont, la nuit; découvrir le centre ancien avec sa plaza mayor et ses ruelles médiévales, la ville nouvelle avec ses gratte-ciel, ses restaurants et boutiques branchées sans parler de la vue du ciel dont nous avons bénéficié depuis notre emplacement de camping car, sur les hauteurs de la ville.


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J'ai adoré Bilbao, mais j'ai eu un véritable coup de foudre pour le bâtiment du musée lui même et me suis intéressée de près à son auteur et au mouvement de déconstructivisme auquel il se rattache. Ce mouvement architectural a été officiellement lancé en 1988, suite à une exposition au MOMA intitulée deconstructivist architecture et plusieurs starchitectes se réclament de ce dernier : Eisenmann (mémorial des Juifs assassinés de Berlin), Zaha Hadid, l'agence autrichienne Coop Himmelbau... Avant toute chose, j'aime le concept de ce mouvement : sortir des formes conventionnelles, déstabiliser, rejeter les traditions. Les murs sont donc penchés, les poteaux de biais, les fenêtres inclinées.


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Cette architecture se veut "inventer l'impossible, réinventer l'invention" et n'a été rendue possible qu'avec la modélisation informatique. En effet, les architectes - dont Gehry -dessinent toujours encore à la main leurs oeuvres, mais utilisent un logiciel qui permet de les modéliser et de voir si elles sont réalisables techniquement. D'après un article du Monde, le logiciel utilisé - CATIA - a été conçu par la NASA. Denis, qui est ingénieur en Génie Civil, dit qu'il a utilisé ce logiciel en école d'ingénieur et qu'il a été conçu par le français Dassault Systèmes.

Notre approche du musée s'est faite en plusieurs étapes : d'abord nous avons tenté de le repérer du haut de la ville, depuis notre camping car. En effet, le musée a été construit sur une friche industrielle, au bord du Nérion, sur le site des anciens chantiers navals. Puis, nous sommes allés l'admirer le soir depuis l'autre rive et, enfin, nous avons visité l'intérieur le lendemain.


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En plein mois de novembre, à l'heure de la sieste pour les Espagnols, nous étions quasiment seuls dans le musée. J'ai tenu à mettre mes deux mains sur les fascinantes plaques de titane; j'ai admiré les extraordinaires ascenseurs en forme d'arêtes de poisson, même si j'ai fermé les yeux lors de la montée au deuxième étage car ils sont totalement vitrés; j'ai adoré les passerelles suspendues au dessus du vide...


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J'ai tellement aimé le bâtiment lui même que les collections sont passées -relativement - inaperçues, J'ai plutôt aimé les œuvres extérieures comme les fleurs de Koons, la fabuleuse et inquiétante araignée appelée "maman". Nous n'avons pas participé à la levée de fonds organisée par le musée pour "sauver Puppy", le chien de Koons, emblème du musée, car c'est un.... chien (à discuter, si cela avait été un chat, n'est ce pas, les filles ?)


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Denis a été également très inspiré par les œuvres du musée. En effet, depuis notre visite, mes schémas (voir schéma "nos étapes sur la route de l'Espagne") reçoivent des titres énigmatiques, genre art contemporain "orange and yellow" de Rothko.


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Denis a du mal avec l'art contemporain. Par contre, il est resté scotché pendant 30 minutes devant une performance. Deux artistes ont organisé et filmé des expériences à effet domino avec des produits qui coulent, qui allument une bougie, qui crée une explosion, qui fait brûler un pneu...

Bref, j'ai finalement réussi à le traîner vers d'autres oeuvres, difficilement...

Qu'en est- il du fameux "effet Bilbao" ailleurs ? Nous ne sommes venus à Bilbao qu'à cause du musée qui a redynamisé toute la ville, voire toute la région. L'exemple de Bilbao et surtout sa réussite a inspiré de nombreuses municipalités. En France, les deux exemples les plus prestigieux sont l'ouverture du musée Louvre Lens et du centre Pompidou à Metz, deux métropoles au sein de régions industrielles en crise. A mon humble avis, le Louvre Lens n'a pas permis de sortir le bassin houiller des Hauts de France de la crise. J'ai détesté le bâtiment créé par l'agence japonaise Sanaa, trop froid, trop clinique sur le site d'un ancien carreau de mine. Le nombre de visiteurs, à peine 500 000 par an les années moyennes, plafonne et, comme nous, les touristes vont au musée et repartent sans passer par le centre ville (le musée se trouvant à l'extérieur du centre). Le musée a donc un impact limité sur l'économie locale (absence d'infrastructures hôtelières et pas de retombées en terme d'emplois).


Abou Dhabi prépare également l'après pétrole en jouant sur l'effet Bilbao. En effet, sur l'île de Saadiyat, ont été construits des musées prestigieux en utilisant la "recette" de Bilbao : soit un musée œuvre d'art réalisé par un starchitecte et présentant des collections et expositions prestigieuses comme le Louvre Abou Dhabi (J. Nouvel), le musée Guggenheim (Gehry), le Zayed National Museum (N. Foster) et le musée maritime (Tadao Ando) sans oublier les salles de spectacles réalisées par Zaha Hadid.

Ce projet va-t-il permettre aux Émirats Arabes Unis de préparer l'après pétrole ? Peut-être, ici. En tout cas, les fonds injectés sont énormes et le projet s'inscrit dans un projet global incluant le développement du tourisme de luxe autour de demeures et hôtels de luxe, de parcours de golf.


Actuellement, toutes les villes essayent d'imiter le modèle de développement de Bilbao et partout les musées et fondations se multiplient. Au risque de lasser les touristes ?


La longueur de mon article - insoutenable pour certains, probablement - s'explique par la fascination que le musée Guggenheim a exercé sur moi, que ce soit au sujet de l'effet Bilbao, des starchitectes, du déconstructivisme...

Ci joint quelques articles pour approfondir le sujet pour ceux qui trouvent mon article trop court et/ou trop sommaire.

Nous allons poursuivre notre route vers Madrid qui sera notre prochaine grande destination, en faisant étape au monastère Santo Domingo de Silos. J'entends les mauvaises langues se dire, mon Dieu, elle va nous refaire toute l'histoire de l'ordre bénédictin au Moyen Âge... Certes, j'ai lu toute la revue L'histoire sur le sujet, mais maintenant place au vélo. Ouf ! se disent les esprits chagrins !

Pour approfondir, des articles du Monde:

  • Emmanuel Macron et le "soft power" de l'art,

  • A Abou Dhabi, un autre Louvre sort de terre

  • Le Louvre Abou Dhabi, une affaire juteuse

  • Le Louvre Lens n'aura pas l'effet Bilbao escompté

  • Bilbao profite du succès du Guggenheim

  • Les fondations prolifèrent en terre ibère

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6 commentaires


Nicole Tammert
Nicole Tammert
02 déc. 2021

Merci pour toutes ces infos et les belles photos, merci pour ton travail titanesque, Dominique !!! Cela me donne vraiment envie de visiter Bilbao ainsi que le musée Gouggenheim 👍💖

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Josiane Besson
Josiane Besson
02 déc. 2021

C'est juste génial mais ce n'est que mon avis

Dommage pour l'article sur le mur d'Hadrien...


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Patricia Kientz
Patricia Kientz
01 déc. 2021

Ma fille rêve de vous rejoindre. C'est vrai que ça donne envie. Je connaissais déjà Philippe Starck, même rencontré dans mes années MAC. Si mes souvenirs sont bons, il avait aussi dessiné des robinets pour DURAVIT... Bel article avec quelques longueurs 😁😂

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Denis
Denis
30 nov. 2021

La qualité de cet article peut donner une idée du travail sous-jacent et de l'ampleur de la perte de celui relatif au mur d'Hadrien, pour ceux qui se souviennent de ce regrettable épisode.

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thierry paris
thierry paris
30 nov. 2021
En réponse à

Encore merci Dominique !

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thierry paris
thierry paris
30 nov. 2021

Merci ! Ca me donne envie d'y aller !

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