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Un autre regard sur l'île de Mull

Denis aime les belles images, tout comme moi bien sûr, mais de par ma formation de géographe, je suis plus sensible aux paysages et à leur évolution. Ce qui m'a particulièrement interpellée au niveau de l'île de Mull, mais aussi dans les Lowlands, c'est la transformation de certaines parties de l'île en massif vosgien. Je m'explique : sur une partie de l'île ont été plantés des conifères, qui arrivent à maturité et qui sont en train d'être coupés. Il ne s'agit pas ici de reconstituer la forêt calédonienne d'origine, mais d'une exploitation industrielle des conifères plantés rectilignement et dont la coupe laisse comme des saignées dans la montagne. Après le passage des machines, le paysage ressemble à un champ de bataille de la Première guerre mondiale. Sont également abandonnés sur place le bois non utile et les souches.


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Autre nuisance liée à l'exploitation du bois, ce sont les grumiers qui transportent ce bois sur cette île où les routes sont à single track (une seule voiture passe), vers des terminaux portuaires, eux aussi spécialement aménagés dans ce but.

Bien sûr, en tant que touriste en admiration béate devant les paysages écossais, je déplore cette culture intensive des conifères qui détruit des siècles de paysages façonnés par l'homme, tout en comprenant que l'Ecosse, et surtout les territoires ruraux en marge, doivent bien vivre. L'île de Mull vit d'un peu d'agriculture, d'un peu de tourisme limité -heureusement- par une offre d'hébergement limitée et, a priori, de l'exploitation du bois. Ceci dit, cette exploitation du bois ne profite absolument pas aux collectivités locales. En effet, la forêt couvre 15%du territoire écossais et 40% des forêts appartiennent à l'Etat qui y fait principalement pousser des conifères, exploités par la Commission des Forêts. Donc, en clair, l'argent du bois va directement dans les caisses de l'Etat anglais et ne profite pas aux collectivités locales. A partir de 1999,l'exploitation du bois devait être transférée au Parlement écossais mais finalement, et dans la plus grande discrétion, l'Etat anglais a conservé sa mainmise sur celle-ci.


Comme souvent, les arbitrages autour de l'exploitation du bois sont difficiles. La collusion entre l'Etat anglais et la filière bois est ancienne et les industriels font pression sur celui-ci. L'Etat fait également planter des conifères car le Royaume-Uni manque cruellement de bois et est obligé d'en importer. La Commission des Forêts quant à elle, rechigne à transférer ses pouvoirs aux collectivités locales, jugées incompétentes, et qui ne veulent pas ou ne savent pas forcément gérer le bois. Cette même Commission estime que le bois est un bien commun et que ses revenus doivent profiter à l'ensemble de la nation et pas uniquement aux collectivités locales. Ces dernières souhaiteraient -au minimum- profiter des emplois procurés par la coupe, mais ce n'est pas non plus le cas. En effet, le bois est vendu sur pied et les acheteurs (industriels du bois) se chargent de la coupe et de la commercialisation. Ce sont donc des intervenants extérieurs qui interviennent sur le terrain et aucun emploi n'est fourni aux populations locales. Se sentent également concernés les écologistes, bien sûr favorables au reboisement afin de pièger le CO2, mais les essences choisies et la destruction des paysages ne les ravissent pas. On s'achemine quand même progressivement vers une gestion plus locale du bois avec une meilleure connection entre la Commission des Forêts et les autorités locales, sans oublier la coalition SNP /Verts qui est arrivée au pouvoir en Ecosse en juin 2021. Ce serait quand même dommage que l'Ecosse finisse par ressembler au massif vosgien !




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© 2023 Dominique et Denis KRAUTH

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