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Tapas et châtiments à Cadix

En référence au célèbre livre de Dostoïevski "Crime et châtiments".


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Cadix me fascinait pour deux raisons : d'abord, Cadix est construite sur une étroite bande de terre (20 km de long sur 0,5 km de large) qui ferme - ou plutôt protége - l'immense baie de Cadix de la fureur de l'océan Atlantique, et deuxièmement, le port de Cadix est devenu l'un des deux ports espagnols où arrivaient l'or et l'argent des Amériques, à partir du XV° siècle.


Comme d'habitude, nous avons pris nos vélos pour explorer la cité car - chose rare en Andalousie - des pistes cyclables ont été aménagées. Cadix est fascinante non par sa beauté - même si le centre-ville historique, tout au nord de la presqu'île, est assez mignon - mais par l'extrême concentration de l'habitat sur cet espace contraint, car restreint. Toute l'étroite bande de terre est totalement urbanisée. De larges avenues avec des immeubles géants sans grande originalité sont bordées de splendides plages de sable fin, côté Atlantique, qui font tout le charme de la promenade. A Cadix, la bétonisation du front de mer prend tout son sens. En effet, en 1755, le tremblement de terre de Lisbonne a également détruit un tiers de la ville de Cadix, mais c'est surtout au XX° siècle que la ville en quête de diversification économique, s'est tournée vers le tourisme balnéaire, profitant de ses 3016 heures d'ensoleillement par an et de ses grandes plages de sable.


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Après avoir lu le dossier sur l'Espagne du siècle d'or dans le magazine L'Histoire, je pensais que Cadix, avec l'argent américain, était aussi belle que Venise. Que nenni ! Et la raison en est toute simple : c'est Séville qui gérait les métaux précieux venus du nouveau Monde. Que reste-t-il concrètement dans l'espace urbain du lien avec l'Amérique ? Environ 128 des 160 tours que les marchands firent ériger au dessus de leur demeure, entre le XVII° et XVIII°S pour surveiller l'arrivée de leurs navires et, bien sûr, montrer leur richesse en construisant la plus haute tour. La course à la hauteur dans les métropoles mondiales n'est pas une invention de la fin du vingtième siècle! Autre vestige : les jardins qui bordent le front de mer près de la vieille ville, contiennent des essences "américaines" qui font leur splendeur.


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Donc, les métaux précieux ont plutôt servi au développement de Séville, au détriment de Cadix. Pourtant, Cadix disposait de nombreux atouts. Les courants marins favorisaient Cadix par rapport aux autres villes espagnoles. Séville est un port fluvial qui se localise à 80 km de la mer, au bord du Guadalquivir. Pourtant, la monarchie espagnole a choisi d'implanter à Séville la fameuse "Casa de Contratación", créée en 1503, soit 11 ans après la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Cette institution détenait le monopole du commerce avec l'Amérique : elle contrôlait les équipages (ni Juifs, ni musulmans sur les navires pour garantir un peuplement catholique de l'Amérique), délivrait une licence d'embarquement et au retour, prélevait un impôt de 20% sur toutes les marchandises arrivant à Séville. Séville est donc devenue la plaque tournante du négoce d'or et d'argent en Europe.


Pourquoi avoir choisi Séville ? En fait, Cadix était souvent attaquée par les corsaires au XV° et au XVI° siècle et Séville, à l'abri des terres, en était protégée. En plus, l'arrière pays - la riche et fertile plaine du Guadalquivir - fournissait également du vin et de l'huile d'olive à l'exportation. Cependant, progressivement, Cadix va remplacer Séville : d'abord, Cadix va, en 1625, repousser une attaque anglaise; ensuite, en lien avec les affrontements entre les Hollandais et les Espagnols au XVII°S, les convois américains sont protégés par la marine espagnole, l'Armada. Les navires de l'Armada - armés - sont donc plus grands, leur tirant d'eau augmente et la remontée du Quadalquivir leur est impossible.


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Le choix de Cadix comme port "américain" s'impose peu à peu et ce, d'autant plus que le port de Séville s'ensable. En 1707, la "Casa de Contratación" est transférée à Cadix qui va connaître une grande prospérité, mais bien moindre par rapport à celle qu'a connue Séville au siècle précédent. En effet, le XVII° siècle, connu comme le Siècle d'or espagnol, est aussi le début de la fin de l'Espagne en tant que première puissance mondiale.


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Elle est de plus en plus concurrencée par de nouvelles puissances maritimes, soit l'Angleterre et les Provinces-Unies. Entre 1811 et 1824, l'Amérique se libère du joug espagnol. Il ne reste plus à l'Espagne que Cuba, les Philippines et Porto Rico, qui eux-mêmes passent sous domination américaine en 1898. C'en est fini de la prospérité de Cadix.


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Même si la cité de Cadix ne m'a pas particulièrement séduite, j'avais envie de profiter des nombreux bars à tapas que nous avions croisés lors de notre promenade. En plus, il était possible de passer la nuit sur le parking du port avec notre camping-car.


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Notre soirée tapas et promenade le long de la côte a tenu ses promesses, mais c'est la nuit qui a posée problème. Les "châtiments" commençaient...


A partir de 23h, la discothèque en face du parking est montée en décibels et les camions ont continué à traverser le port toute la nuit, emportant avec eux tout espoir de sommeil et de nuit reposante. Nous pensions naïvement que le déchargement des marchandises et le ballet des camions allaient s'arrêter pendant la nuit, un samedi soir... Mais la mondialisation en marche ne dort pas, malheureusement ! À trois heures du matin, totalement excédés et épuisés, nous avons quitté le parking du port de l'enfer, croisant sur notre route, les premiers jeunes qui quittaient la discothèque. À une dizaine de kilomètres de Cadix, dans une pinède, loin de l'agitation de la cité, nous avons enfin trouvé le repos... Avant l'arrivée des premiers pique-niqueurs bien décidés à profiter du soleil.


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Nous sommes retournés à Cadix en compagnie de nos filles pendant la semaine qu'elles ont passée avec nous à Noël, bien décidés à leur prouver que nous n'étions pas des vieilles personnes ringardes et que, nous aussi, nous fréquentions bars et autres. Et là, la malédiction a - à nouveau - frappé. Nous avions "vendu" aux filles un séjour ensoleillé au cœur de l'hiver : 20 degrés, des promenades sur la plage, des cocktails au bord de la mer... Et bien sûr, la semaine de Noël a été la pire au niveau de la météo depuis notre arrivée en Andalousie.


Notre visite de Cadix s'est déroulée sous...

...une pluie battante. Au bout de 5 minutes, nous étions trempés et au bout d'un quart d'heure, nous avons fait demi tour. La malédiction de Cadix a encore frappé !


Évidemment, nous n'avons plus vu une goutte de pluie depuis le départ des filles.


PS: Notre récit depuis notre arrivée en Andalousie n'est plus chronologique. Nous sommes - parfois - revenus dans des endroits qui nous avaient charmés, parfois pour partager nos expériences avec les filles.


Pour approfondir :

Dossier "Espagne(s). D'Al-Andalus à la crise catalane" dans le magazine L'Histoire, avril 2018.

2 commentaires


Nicole Tammert
Nicole Tammert
19 janv. 2022

Merci Dominique, pour ces nouvelles ! De Cadix, je ne connaissais que "La belle.... 💃". Et, dans la vie, il est nécessaire de se poser parfois 😉 !

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Denis
Denis
17 janv. 2022

Nos lecteurs assidus auront constaté que le rythme de nos publications a ralenti.

C'est le reflet de notre rythme de voyage, qui a ralenti aussi.


Depuis notre départ, nous avions, inconsciemment, dupliqué le rythme que nous pratiquions lorsque nous disposions d'un temps limité pour voyager. Nous nous sommes rendus compte, après Noël, que nos journées étaient trop courtes pour tout gérer : rouler, visiter, chercher un endroit où passer la nuit, préparer les étapes et visites suivantes, classer les photos et sélectionner les plus belles, rédiger un article, chercher un endroit pour faire les services du camping-car, chercher où garer l'engin près des endroits que nous souhaitons visiter, étudier le plan des pistes cyclables pour y accéder à vélo, chercher…


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© 2023 Dominique et Denis KRAUTH

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